jeudi 11 mars 2010

Dharavi, plus grand bidon-ville d’Asie

(un article un peu long, pour ceux que ça intéresse)

Comme à Rio cet été, une agence propose de visiter les bidonvilles et j’ai testé. J’avais été déçue par l’agence brésilienne. Bien sûr, c’est une occasion unique de voir un bidonville de l’intérieur mais le tour était assez superficiel et n’avait duré qu’une heure et demi. Le créateur de l’agence de Mumbai s’est inspiré du modèle de Rio et l’a nettement amélioré. Comme à Rio la majorité de l’argent part à une ONG. Ici 80% de mon argent part à l’association créée par l’agence qui gère une école maternelle et une école d’informatique. Par contre ici le tour a duré 4h, c’était très sérieux et j’ai vraiment le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses. Plus j’en suis profondément marquée.

Départ 8h30 du centre ville, 3 australiens avec moi et le guide. Pour arriver à Dharavi, situé dans le nord, on est passé par le quartier des prostituées de Kamathipura, un des quartiers les plus chauds de la ville. On est passé, à l’heure du petit déjeuner, dans une rue très pauvre du quartier, avec les mini chambres des prostitués à la suite, sur plusieurs étages. Des mini chambres qui donnent sur le rue, avec des façades de couleurs vives, et ces femmes assises aux les lèvres rouges et des grands yeux noirs. Je me sentais très mal. Il y avait 60 000 prostitués dans ce quartier il y a 15 ans. Il y en a 8 000 aujourd’hui. Le nombre n’a pas diminué elles se sont éparpillées dans la ville. Des ONG travaillent ici pour développer l’usage de moyens de contraception et de préservatifs. Ces femmes viennent pour gagner de l’argent pour leur famille mais une fois ici elles sont rejetées par la société.

On est ensuite passé par Chor Bazaar, où on trouve tous les objets de la ville et d’ailleurs, par Mini-Pakistan, un quartier 100% musulman puis par Mahalaxmi Dhobi Ghat. Alors ça….ça m’a coupé le souffle. Une immense laverie en plein air qu’on a pu observer d’un pont. Notre guide nous dit que c’est la plus grande laverie du monde. Elle a été créée par les Anglais pour laver les vêtements des soldats. Aujourd’hui 3000 blanchisseurs – les dhobi wallah, que des hommes – lavent le linge de la ville. Le soir ils vont chercher aux quatre coins de la ville les vêtements des laveries et lavent tout pour le lendemain. Les usines envoient leurs textiles ici pour les différents lavages du processus de production. On aperçoit des dizaines de pantalons verts bleus, même modèle, qui séchent. Ailleurs, les draps blancs d’un hôtel ou d’un hôpital. On se demande comment ils atteignent ce blanc quand on regarde la couleur de l’eau de leurs mini lavoirs. 1026 lavoirs. 5 roupies la pièce. Un revenu en moyenne de 125 roupies par jour d’après l’australienne.






Direction Dharavi ensuite, en longeant les rails des trains. Sur le bord de la route, des pavement dwellers, bidonvilles urbains. Des mini maisons, de la largeur du trottoir, donc vraiment minuscules, avec un étage. Les maisons collées les unes à côté des autres dans un état d’extrême misère. Ces bidonvilles, un peu plus hors la loi que les autres, peinent à avoir un statut clair et font l’objet d’expulsion et de destruction.

Dharavi. Dharavi est une ville dans la ville. Il compte officiellement 1 million d’habitants, officieusement 2,5 millions. Plus, c’est un centre industriel qui produit l’équivalent de 665 millions de dollars par an principalement dans le recyclage, le travail du cuir et autres industries gouvernementales. Les produits confectionnés ici sont exportés dans le monde entier mais bien sûr il n’y aura pas écrit « Made in Dharavi » sur l’étiquette.

30% musulman, 5% chrétien, le reste hindou. 1/3 de Tamil Nadu, 1/3 de Maharashtra et le reste d’ailleurs.

On a visité le quartier du recyclage, toute la chaine de production est là. Ils récupèrent le plastique de la ville, des alentours et même de l’étranger. Ils produisent eux-mêmes leurs machines de production. Les ateliers, les mini usines, se suivent dans un labyrinthe de rue et encore ici les rues sont larges. Les hommes vivent dans les ateliers mêmes, les uns sur les autres. Louer une chambre est trop chère, plus d’argent pour la famille restée à la campagne. Ces hommes gagnent environ 100-120 roupies par jour pour 10 à 12 heures de travail par jour.
A la fin de la chaine, ce plastique est utilisé pour produire plus de 2000 articles. Tout est recyclé, tout le temps. Les bidons de peinture, par exemple, utilisés pour uniformiser la couleur du plastique récupéré, sont désinfectés (on les brûle) et revendus.

On a vu la partie de la ville qui travaille le cuir pour des compagnies comme D&G et compagnie..si si. 40 000 personnes travaillent le cuir. Puis la partie qui travaille sur la poterie, seule activité où les femmes travaillent. Des milliers de pots partout, 15 000 personnes.

La partie résidentielle, qui ressemble à celle de Rio, si ce n’est qu’il y a moins de passages sans aucun accès à la lumière du jour ici il me semble. Des minuscules chambres, les unes sur les autres, séparées par des passages de moins d’un mètre de largeur, constamment humides. Les canalisations sont ouvertes, les hommes et les enfants se lavent devant la maison ou plutôt la chambre, idem pour la lessive et la vaisselle. Pas d’assainissement. Pas de toilettes. 1% de la population a des toilettes privées. Malaria et diarrhée sévère font partie du quotidien.

Ceux d’argent achètent une télé et équipent leurs cuisines. Ah oui ! Grand atout de Dharavi : le gouvernement fournit électricité et eau. Ceux qui gagnent assez d’argent pour quitter le bidonville y restent car le sens de la communauté y est très fort et très apprécié. Il n’y a que très peu de violence me dit-on car tout le monde a un emploi, tout le monde est occupé toute la journée et veille à ce que l’activité se développe.

Côté éducation et santé, il y a des infrastructures publiques, privées et ONG, musulmanes qui accueillent des hindous et vice versa. Il a des centaines de cliniques privées !

Est-ce encore un bidonville ? Si l’activité industrielle est impressionnante, les conditions de vie et de travail sont très dures. Les conditions d’hygiènes sont misérables.

1 commentaire:

  1. Bravo pour cet article, à inserer ds les livres dhistoire geo contemporaine ;)

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